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Journal d'un confinement (parmi tant d'autres...) #2

Mis à jour : avr. 7

Ce journal n’a pas vocation à affirmer, dénoncer ou informer. Il ne prétend pas non plus être le reflet d’une époque ou d’une génération. Ce journal n’est que l’écho d’une expérience subjective de la crise sanitaire mondiale provoquée par le coronavirus (Covid-19).

(Ah ! Et pour être tout à fait transparente, il est né parce que l'écriture a des vertus anxiolytiques sur son auteure !)


Pour lire le premier volet : Journal d'un confinement (parmi tant d'autres) #1



J’ignore à quel moment exactement le coronavirus (Covid-19) a cessé d’être un lointain fantôme aux contours un peu flous, pour devenir un phénomène bien réel, incontestablement cruel.

Cependant, une chose est sûre : à mesure que les cas se multipliaient en Europe, le virus s’est mis à occuper toutes nos conversations. Au boulot, aux infos, entre amis ou en famille, on ne parlait plus que de lui. Il est devenu le centre de notre attention.

Sur les réseaux sociaux, la désinformation prenait des proportions délirantes. Des chaînes de messages circulaient, notamment sur Facebook et WhatsApp, engorgeant nos messageries et asphyxiant, par la même occasion, une partie de notre lucidité. Les recommandations émanaient tantôt d’un cousin d’un chercheur de l’Institut Pasteur ou de l’ami d’un chef de service en infectiologie. On y apprenait qu’une sensation de gorge sèche pouvait être un symptôme caractéristique de contamination ou encore que les liquides chauds avaient la capacité de neutraliser ce nouveau coronavirus qui, après la Chine, s’attaquait violemment à l’Italie. Décidément, ils sont bien cons ces médecins. Pas la peine de suivre des études pendant 9 ans pour passer à côté de cette évidence : une bonne soupe chaude, et puis hop, ça repart !

Nous étions le 14 mars et j’avais alors entrepris d’écrire un article sur les dangers de la sur-exposition informationnelle et la désinformation. Je voulais notamment évoquer une étude - relayée par Radio Canada - démontrant que les fausses informations contribuent à aggraver les épidémies. Je souhaitais aussi évoquer la panique qui semblait s’emparer d’une partie de nos concitoyens, les poussant à dévaliser certains rayons de supermarché. Non pas pour la condamner, cette panique, mais pour la mettre en perspective, pour essayer de la comprendre. D’où venait cette peur de manquer, ce besoin impérieux de faire d'importantes réserves ? Au micro de France Bleu Paris, le porte-parole des magasins U révélait avoir reçu plusieurs commandes extravagantes, à l’instar d’une palette entière de bouteilles d’eau minérale ou de 36 paquets d’un kilo de pâtes... Manifestement, la situation éveillait une angoisse particulièrement profonde chez certaines personnes, une angoisse si profonde qu’elles en oubliaient que le danger, la seule chose qui les exposait à ce qu’elles craignaient (la pénurie) c’était leur comportement lui-même.

Finalement, je n’ai jamais publié mon article. L’actualité était trop dense, trop changeante et une demie journée a suffi à le rendre obsolète. Le soir-même, Edouard Philippe ordonnait la fermeture de tous les lieux publics non indispensables. Les élections municipales étaient maintenues. Ça polémiquait beaucoup, tout et tous se contredisaient. Il régnait un étrange climat, empreint à la fois de légèreté et de solennité, de retenue et d’abandon, d’angoisse et d’insouciance. Un paradoxe, en somme, semblait recouvrir nos vies (comme si elles n’étaient pas suffisamment paradoxales comme ça) !

Ceux qui continuaient à se faire la bise et à se serrer la main semblaient grisés par l’intrépidité que leur inspirait leur démarche. Nous étions en train de changer, hier n’existait plus vraiment et demain pas tout à fait encore.

D’ailleurs, des rumeurs bruissaient, un confinement allait bientôt être annoncé.

Le 16 mars, Emmanuel Macron a pris la parole, intimant aux Français de "rester chez eux". L’histoire devra-t-elle retenir qu’en de rares occasions, il arrive aux rumeurs d’avoir raison ?



Majeure et inédite, la crise sanitaire provoquée par le Coronavirus (Covid-19) bouleverse en profondeur nos habitudes de vie, nos certitudes mais aussi nos valeurs individuelles et collectives. Vous souhaitez témoigner ? La rubrique "Crise intérieure" vise à permettre à chaque personne - confinée ou non, seule ou entourée, en campagne ou en ville - de partager son expérience singulière et subjective.

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