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Journal d'un confinement (parmi tant d'autres...) #1

Ce journal n’a pas vocation à affirmer, dénoncer ou informer. Il ne prétend pas non plus être le reflet d’une époque ou d’une génération. Ce journal n’est que l’écho d’une expérience subjective de la crise sanitaire mondiale provoquée par le coronavirus (Covid-19).

(Ah ! Et pour être tout à fait transparente, il est né parce que l'écriture a des vertus anxiolytiques sur son auteure !)


Parmi les nombreuses images nous parvenant de Chine entre les mois de janvier et février, l’une d’entre elles m’a particulièrement marqué. On y voyait les couloirs du métro pékinois, larges comme une autoroute, et pourtant vides, complètement vides. Cette ville - d’ordinaire bondée à en faire pâlir les agoraphobes du monde entier – avait été désertée. Enfin, c’est en tout cas l’impression que les images donnaient car ses 21 millions d’habitants étaient pourtant toujours là. Ils étaient simplement calfeutrés chez eux, retranchés, telles des fourmis, dans leurs galeries respectives.


Si cette image m’a particulièrement marqué c’est parce que je me souviens avoir songé qu’il serait impensable de voir une telle scène en France. Et, je ne parle même pas des contrôles de température à l’entrée des grandes surfaces ou encore de ces personnes, vêtues de combinaisons blanches et aspergeant de désinfectant tout ce qui se trouvait à la portée de leur lance ! Au fond, pour moi, tout ça n’était qu'un film de science-fiction – je leur trouvais d’ailleurs un petit air de ressemblance avec "les méchants hommes blancs" qui voulaient pratiquer des tests sur E.T, l’extraterrestre - il était donc inimaginable qu’une telle chose se passe ici, chez moi. Est-ce due à la distance qui sépare ces deux territoires ? Est-ce une forme de condescendance occidentale ? Ou bien est-ce la télévision elle-même qui, à force de nous offrir une vue imprenable sur la souffrance du monde, altère nos capacités d’empathie ? Nourrissant notre cerveau de trop nombreuses images, il me semble parfois que les écrans rompent la communication avec notre cœur et sont condamnés à ne s’adresser qu’à des yeux vides. Bref, le coronavirus (Covid-19) était donc loin, très loin de moi.


C’est lorsque les journaux télévisés ont annoncé, un jour de février, une nouvelle augmentation du nombre de décès quotidien à Wuhan que les images ont commencé à se teinter d’émotions. Dans ces hôpitaux construits à la hâte, j’ai compris que l’on mourrait seul. L’épidémie et les mesures sanitaires prises pour tenter de l’endiguer étaient d’une telle ampleur que l’on ne laissait plus les gens se dire au revoir, une dernière fois. C’est idiot, j’aurais pu le comprendre plus tôt mais ce n’est pourtant que ce jour de février que ça m’a véritablement frappé. Dès lors, j’ai commencé à poser un regard différent sur ce qui était en train de se passer, de se jouer. Les personnes qui s’entassaient dans les lits n’étaient plus seulement des malades, c’étaient des grands-parents, des pères, des mères, des frères, des sœurs, des amis, des amants… C’étaient des gens aimés. Des gens précieux, indispensables qui tenaient le premier rôle dans la vie d'autres personnes. Bref, les images ne parlaient plus qu’à mes yeux vides, elles parlaient désormais aussi à mon cœur !


Je me souviens en avoir discuté avec une amie d’ailleurs, de ces gens contraints de mourir seuls, se sacrifiant inconsciemment pour protéger l’espèce humaine de la menace qui pèse sur elle. Parce que c'est de ça dont il est question au fond, non ? Sinon pourquoi prendre toutes ces précautions ! Nous avions évoqué toutes ces personnes aussi - celles qui restent - privées d’adieux, privées de deuil... Nous en avions discuté, tout en ayant l’assurance d’être parfaitement protégées d’un tel scénario. Nous étions bien à l’abri, là, ici, dans notre réalité immédiate et il ne pouvait rien nous arriver.

Et puis, tout s'est accéléré.


Majeure et inédite, cette crise sanitaire bouleverse en profondeur nos habitudes de vie, nos certitudes mais aussi nos valeurs individuelles et collectives. C'est pour cette raison que j'ai décidé de créer, parallèlement à ce "Journal d'un confinement (parmi tant d'autres...)", une rubrique permettant à chaque personne - confinée ou non - de partager son expérience singulière et subjective.

Si vous souhaitez témoigner ou tout simplement en savoir davantage, n’hésitez pas à me contacter !

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